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Jean-Louis Joubard : né dans la farine

M. et Mme Joubard © J.L. Joubard
Juin 2008 (Le Pontivyen) - « Ma famille est dans la boulangerie-pâtisserie depuis 1758. Je suis la septième génération dans la farine ! » A Pontivy, quand ça sent le biscuit, c’est forcément Joubard…

Né à Pontivy en 1934, Jean- Louis Joubard a le physique de quelqu’un qui est toujours allé de l’avant, quelqu’un qui ne se laisse pas imposer des décisions « Un individualiste ! Je n’aime pas bien obéir aux autres… ».

Ce lève-tôt qui n’a besoin que de cinq heures de sommeil a toujours fait sonner le réveil à 5h30 pour être au travail à 6h30, une autodiscipline de fer qu’il a légué à ses deux filles, Monique et Véronique. La première gère l’usine de Pontivy, et la seconde les usines de Vannes et Muzillac. En 1957, après presque trois ans de service militaire, dont une partie en Algérie, il monte une « toute petite affaire, sur les traces de mon père. L’attrait de la farine ! ».

1975, biscuits Aux Vieux Bretons, le papier des boîtes est imprimé d'après des photos de poupées bretonnes et de petits meubles de poupées © J.L. Joubard
C’est dans un garage aménagé, sur la route de Kergrist (aujourd’hui rue Roger Le Cunff) qu’il se met à fabriquer des biscuits « Une trentaine de kilos par jour, qu’on vendait au détail, aux boulangers, aux épiciers et aux chineurs de campagne, des camionnettes qui ramassaient parfois les poulets et les lapins, mais surtout le beurre doux et les œufs pour le compte des laiteries, et revendaient en échange des produits d’épicerie. Du troc : le compte de l’appoint était fait au crayon sur le kilo de sucre ou le dos de la boîte de camembert… ».

Accrocheur, battant, le jeune Jean-Louis va ensuite démarcher les grossistes « Ma femme a toujours été à mes côtés dans l’entreprise. Lorsque je me suis blessé à la main, elle conduisait la Deux pattes (2 CV, NDLR), avec notre fille à l’arrière de la voiture ! » et peu à peu, la marque va prendre son essor, les biscuits Joubard se retrouvant dans les collectivités, les hôpitaux, les comités d’entreprise de toute la Bretagne…

Pontivy, une boîte de biscuits représentant le champ de foire et le château des Rohan, par Jac d'Or © Biscuiterie Joubard
Jusqu’en 1977, le garage s’agrandit jusqu’à son maximum, 700m2, devient une petite usine, employant une quinzaine de personnes, puis Joubard repère un terrain bien placé, route de Lorient, où se trouve toujours l’usine, qui ne cessera de grandir. « La Bretagne Gourmande » spécialisée dans le négoce des biscuits et de produits bretons, viendra compléter l’ensemble, en 1980. Et quand sa deuxième fille se marie, ils n’hésitent pas à rouvrir l’ancienne usine de la route de Kergrist pour lancer de nouvelles fabrications « On a relancé de l’odeur dans le quartier ! A Pontivy, selon le vent, dans un sens on sent les abattoirs, dans l’autre on sent Joubard ! ».

Aujourd’hui à la retraite, Jean-Louis Joubard continue à intervenir sur des problèmes spécifiques, mais surtout, se livre à sa passion, faire des essais, composer des recettes « J’ai toujours entendu parler de gâteau dans ma famille. Mon arrière grand-père, qui était boulanger-pâtissier, filait du sucre, faisait du sirop, et même de la glace, à Josselin ».

La biscuiterie de Kergresil, créée par les familles Joubard et Briend © J.L. Joubard
En effet, la famille Joubard-Briend arrive de Josselin, dans les années 20, lorsqu’elle achète le manoir de Kergrésil, où elle implante un atelier de pâtisserie, la Biscuiterie de Kergrésil, qui bénéficie des facilités de transport, avec le train qui arrive à Pontivy. Le petit Jean-Louis passera ses premières années derrière les grilles d’un manoir où il se sent « comme en prison » jusqu’à la fermeture de l’usine en 1941 et au déménagement qui suit « J’ai grandi dans un contexte un peu triste, ça peut expliquer mon côté revanchard… ».

Mine de secrets et de trésors, le carnet de compagnon du Tour de France de l'arrière grand-père Joubard © J.L. Joubard
Ses recettes de base, galette, palets bretons, ont évolué avec le temps - à la fin de l’année, il relancera les Gâteaux à la Reine, une recette de 1928, dans un emballage d’époque - et avec les petits trucs qu’il a inventés « Il y a deux ans, j’ai enfin trouvé comment faire pour que les fruits confits ne tombent pas au fond du cake ! J’aime faire des essais tout seul dans mon laboratoire, avec une grande planche, trois culs de poule et un batteur à main, mais je me sers aussi du carnet de compagnon de tour de France de mon arrière grand-père, qui date de 1850 ! ». Des souvenirs qui n’empêchent pas Jean-Louis Joubard, de regarder vers l’avenir : son prochain gâteau, tout nouveau, c’est sur Internet qu’il le lancera à l’automne…

le pontivyen n°31 janvier 2009

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